Ultra Trail du Mont-Blanc 2016

 

 

 

Dimanche 28 août 2016, 19 h 00, un verre de champagne à la main avec la fameuse veste finisher UTMB, j'ai le sourire, j'ai la Gouache mais que cette édition fut loin d'être facile et évidente.

Sur un Ultra on est jamais sur de rien, c'est tellement aléatoire, tout peut arriver, rien n'est jamais acquis et c'est certainement ce que je recherche.

Il n'empêche que pour ce coup j'ai du faire face à toutes les situations difficiles, c'est ma petite fierté et puis... j'ai quand même terminé mon troisième gros Ultra après le 160 du Grand Raid des Pyrénées en 2013, la Diagonale des fous en 2014.

Tout à commencer depuis de nombreux mois, voir même de nombreuses années, l'UTMB n'est pas un aboutissement, ce n'est pas ma première course mais ce vendredi 26 août 2016 à Chamonix, 16 h 00, la pression monte, je suis tendu, il fait chaud, les supportrices, supporters et assistants sont là...

Présentation du parcours

Le départ est donné à 18 h 00, c'est donc parti pour un petit tour de 170 bornes à travers la France, l'Italie et la Suisse, le Tour du Mont-Blanc, nous sommes un peu plus de 2550 partants.

Les 31 premiers kilomètres et 1581m de D+ se courent bien, il me faut 3h40 pour rejoindre les Contamines. Pas de difficultés techniques majeures, ambiance très sympa, le public est nombreux en ce début de course. Je m'éclate avec tout ces gosses qui me tapent dans la main, c'est génial, je pense à mes filles.

C'est à partir des Contamines que les choses sérieuses commencent réellement avec la montée au Refuge de la Croix du Bonhomme, environ 13.5km et 1300m de D+ pour cette section. Je la passe très bien, il commence à faire un peu frais, je me suis déjà couvert par précaution peu après la Balme afin de ne pas attraper froid sachant qu'il est prévu de grosses chaleurs le lendemain... Il est 00h24, nous sommes à 2439m d'altitude, j'en suis à 6h24 de course. Direction les Chapieux pour une petite descente de 5.5km où le contrôle du matos m'attends, à ce dernier point 50km de course et 2911m de D+ ont été effectués.

A partir des Chapieux, j'ai 30km et 1700m de D+ à faire afin de rejoindre la base de vie de Courmayeur en Italie via l'ascension du Col de la Seigne, le lac Combal et l'arrête Mont-Favre et c'est sur cette dernière que les choses vont commencer à se gâter...

Alors que tout se passait bien, passant même un coup de fil à un copain qui me suit (il est environ 4h30 du mat...) je suis pris subitement de vomissements en début de montée,...je prends un petit coup au moral, je ne comprends pas sachant que je me suis bien couvert durant la nuit, j'ai pris soins de bien me ravitailler en buvant de nombreuses soupes ( peut être un peu trop...), aucun écart. Je ne veux surtout pas laisser place à l'affolement, pas de panique, je n'ai pas de douleurs, les vomissements passent assez rapidement et je continue mon chemin direction le dernier sommet avant Courmayeur puis sa descente de 9km et 1200m de D-.

Courmayeur me voilà !!!!!!!!!! Il est 7h33, il fait jour !!!!! La fin de la descente a été difficile, 80km et 4600m de D+ effectués, mon père et Richard un ami m'attendent pour m'assister, ils sont chaud !!!!!!!

Moi je suis moins chaud, moins fringant lol, j'ai été malade et il me tarde de me pauser un peu.

Je passe 35min sur place. Je m'y change complètement, je garde mes chaussures, je me re-nok les pieds, je mange un bon plat de Pasta du pays ( ouiii obligé !! C'est l'italie ici !! ...manque juste un petit rosé ) et déguste un bon petit sandwich ultra que je me suis concocté et que Christelle m'a soigneusement préparé avec amour "pain complet-viande de grison-gruyère-moutarde-purée de noix de cajou" eheh !!! un délice... un café, l'addition et c'est reparti pour la montée au refuge de Bertone, je suis dans le timing et rebooster, feu patate, on attaque la deuxième partie !!!!!

...Mouaiiiii cette deuxième partie va plutôt mal débuter, je dégueule de nouveau dans la montée, je ne suis pas bien, je suis dégouté, je n'ai plus rien dans le ventre et n'arrive plus à m'alimenter...Aïe aïe aïe il va falloir revoir ses plans et rester très calme, ça va pas être facile.

 

Refuge de Bertone, 9h05, un des médecins de la course s'approche et me demande comment ça va, je lui explique, lui dit que la situation actuelle n'est pas terrible, que j'ai dégueulé plusieurs fois et ne peux plus m'alimenter, rien ne passe mais chose importante je suis lucide, je lui demande alors si je peux aller m'allonger, elle me donne un motilium, on refait le point dans 20 minutes. Passer ces quelques minutes, je décide de repartir, je n'arrive pas à manger...la moitier d'un tuc ne passe pas mais j'ai quand même le moral.

En regardant les paysages autour de moi, je me dit que j'ai de la chance, c'est vraiment magnifique, il fait beau, je suis au pied du Mont-Blanc qui est sur ma gauche, je le touche du doigt...

Mes filles, ma femme et Claudia la compagne de Richard m'attendent à Champex en Suisse , j'ai juste 40km et 1900m de D+, il me tarde de les voir mais il va falloir désormais être encore plus prudent gérer cette situation car je ne peux pas manger pour le moment, je n'ai pas de soucis pour m'hydrater, je m'arrose régulièrement la tête dans les points d'eau, les rivières. L'objectif est désormais de terminer cette course coûte que coûte et de passer la ligne en famille. Je m'imagine alors à la retraite, en randonnée et étant là pour boucler le TMB, je décide de ne plus courir, place à la marche et direction Champex via le Refuge Bonatti, Arnuva, Grand col Ferret et la Fouly.

Je perds de nombreuses places depuis Courmayeur et Bertone. Etant donné que je marche sur une portion qui se coure largement à mon avis, l'hémorragie va continuer jusqu'au refuge Bonatti. Je me demande combien de temps je vais pouvoir tenir sans manger, j'ai un peu peur, je suis lucide sur cette situation sans carburant. De plus cette année il fait très très chaud, les coureurs tombent les uns après les autres.

La montée au Grand Col Ferret se passe très bien, je me surprends même à doubler. Je passe quelques coup de fil à des potes et donne des news à Christelle ma femme "Tout va bien chérie, suis juste un peu à la bourre par rapport aux prévisions, fais manger les gosses, j'arrive pour le goûter...!!! ". Elle me signale que mon père m'attend avec Ricardo à La Fouly.

La Fouly, 15h09, 112km, 6753m de D+, toujours pas manger, je n'ai plus dégueulé depuis la montée de Bertone, mais chose importante et étonnante je commence à sentir la Gouache, la patate quoi !!!...et çaaaaa !!!! J'achèèèèèèteeee !!!!! (...non ok j'ai compris je sors...)

Mon père et Richard sont là !!! Je crois qu'ils commencent réellement à me prendre pour un fou ! 10 minutes de ravitaillement à l'ombre, quatre photos, je n'avale toujours rien mais suis heureux, j'ai mal aux jambes mais suis encore debout et vais revoir mes 3 femmes dans 15km et 600m de D+ !!!!!!!

18h00, 24h00 de course, c'est l'heure de l'apéro...non c'est Champex mais la famille est réunie pour quelques minutes !!!! 

Mes filles et ma femme me rejoignent en haut de la dernière montée avant le ravito, j'aperçois mon père sur la terrasse d'un gros et magnifique chalet Suisse et secouant une énorme cloche, je suis surexcité, euphorique et j'ai extrêmement faim !!!!!!!!!!! A table !!!!!!!!!!!!!!!!!

Je change de tenue et m'envoie 2 excellents sandwich, je me régale. J'ai néanmoins une petite perte de lucidité en annonçant à mes 3 femmes que Papa arrête les Ultras !!! Ca sera sa dernière course !!!

Je repars de Champex, je suis requinqué, je me sens solide, il reste 45km et seulement 2739m de D+, 3 sommets, j'en suis maintenant certain, je passerai la ligne d'arrivée !!!!!!!!!

Durant les 21km suivant jusqu'à Catogne, je vais rattraper une soixantaine de concurrents mais j'aurai essuyé un bon orage d grêle maison sur le premier sommet et fais face à de nombreux vertiges, hypoglycémie. J'arrive à être reactif et bien gérer ces mauvais moments en m'alimentant, m'hydratant et me re sucrant rapidement.

Néanmoins lors de la descente sur Vallorcine, je vais payer ces nombreux déboires et évènements sur ces 30 heures de course.

 

Vallorcine, 1h04 du mat, 31h04 de course, 152.6km, 9093m de D+, il ne me reste qu'une ultime montée, la plus dure de la course. Je suis fatigué, trempé, j'ai très froid et j'ai l'impression que mes jambes sont brisées comme du verre en milliers de petits morceaux sauf que la vitre n'a pas encore explosée. J'ai de nombreux échauffement qui me gênent dans les descentes. Je pense avoir de nombreuses ampoules. C'est mon troisième ultra et je n'ai jamis eu les jambes dans cet état là. Mon père et Richard sont là, ils m'assistent au mieux et constatent les dégats. Ils me réchauffent, je mange un bon sandwich. Je me change complètement, même les chaussures, sauf les chaussettes que je n'ose pas enlevés à cause des ampoules que je pense avoir. (Je m'apercevrai plus tard que je n'en avait pratiquement pas...)

Après que mon père et Richard m'aient relevé de ma chaise pour me remettre debout, je ressors du ravitaillement 51 minutes après y être entrer, je fais de tout petits pas, les muscles sont refroidis, tétanisés, il me faudra 2 bons kilomètres pour qu'ils soient plus ou moins opérationnels, faut pas lâcheerrr !!!!!!!!!!

La montée à "la tête au vent" et "la Flégère" se passe, enfin c'est surtout le temps qui passe et les autres concurrents me dépassent, mais qu'importe à la Flégère, il est 5h47 quand j'arrive et je sais que j'ai effectué tout le dénivelé positif de la course. Sur ce dernier ravito et avant cette ultime descente je prends le temps de discuter avec quelques bénévoles, ils me félicitent et m'encouragent, je bois 2 bonnes soupes et repars pour ces 7 derniers kilomètres... Je ne pense qu'à une chose, franchir la ligne avec mes 3 femmes...

Dimanche 28 août, 7h37, après 37h36min54sec, 171km et 10059m D+, 2 nuits, c'est avec mes filles Anaïs et Faustine, ma fabuleuse et patiente petite femme Christelle et mon Père que nous franchissons la ligne d'arrivée de l'Ultra Trail du Mont-Blanc 2016.

Parcours très sympa, exigent cette année vu les conditions météos exceptionnelles, le premier a mis presque 2 heures de plus que les éditions précédentes. Depuis l'année dernière quelques bons passages ont été rajoutés, des pierriers comme on les aime.

Content d'avoir pu appliquer tout ce que j'avais appris durant tout ces ultras, les bonnes choses et les moins bonnes, j'ai gardé lucidité et humilité, et c'est ce dont je suis le plus fier. Je me demande encore comment j'ai pu tenir 50 bornes sans manger...

Au final, je termine 357ème sur 1354 finishers et 2554 partants, beaucoup d'abandons cette année. Certes j'aurai pu faire mieux...mais passer la ligne c'est déjà tellement énorme, il faut rester humble et chose importante je me suis fais plaisir.

Un grand MERCI à Christelle ma chère et tendre femme pour son ULTRA patience et "c'est pas facile !!!!"...mes petites et belles supportrices, mes filles Anaïs et Faustine..., à ma mère et mon frère qui m'ont suivis depuis la maison, à mes assistants de choc mon père et Richard et Claudia qui m'ont été d'une grande aide sans oublier tous mes amis qui m'ont envoyé des messages durant la course.

 

 

Yannick du Juillan Running Club

~Anima Sana In Corpore Sano~